
Tibye habite dans un petit village qu’il ne veut pas nommer de crainte d’attirer les foudres de certains susceptibles. Il l’a vu naître, grandir et le voit flétrir et faner à fleur de l’âge. Et pour cause. La seule distraction dans le village est l’ennui. Tibye a quitté l’école même si certains s’égosillent à affirmer que l’éducation est gratuite. Oui, mais les examens sont payants ce qu’on omet généralement de dire. Bref, Tibye passe sa journée en « bas la boutique »avec des camarades à boire, à jouer aux cartes et à regarder les passants dans l’attente de je ne sais quoi qui finira par arriver, ou qui n’arrivera peut-être jamais. Puis un jour, il est informé que cet espace, qui permettait à sa fratrie de désœuvrés de faire et de défaire le monde, lui est désormais interdit. Pourtant, sa présence ne dérangeait personne et faisait plutôt le bonheur du boutiquier. De grands murs même étaient érigés pour cacher la laideur des maisons délabrées du regard des touristes qui empruntaient la route Royale pour se rendre dans les hôtels huppés de la région.
Les autorités, dans leur sagesse, ont cru bon de réduire les espaces libres utilisés pour la consommation d’alcool et de cigarettes. De là cette mesure draconienne qui vise non la réduction des libertés citoyennes mais le bien-être des citoyens. Mieux encore, les responsables, animés par le même souci et à grandes pompes et propagandes, ont construit un centre communautaire doté de toutes les facilités de distraction.
Dorénavant, Tibye a droit à des jeux tout aussi débiles que son oisiveté bridée et encadrée par des travailleurs sociaux à la vocation douteuse. Carrom, dominos, classe d’alphabétisation et coin broderie… Des activités pour tuer le temps et permettre à monsieur le ministre d’étoffer les réalisations du gouvernement en faveur de la jeunesse et du bien-être social.
Tibye


