
Mauriland est définitivement installé dans la modernité. Modernité visible sur les murs, dans les centres commerciaux qui poussent comme des champignons et dans le confort de vie que Tibye s’est offert et qu’il affiche sans complexe. Sa démarche vise surtout à réduire les écarts symboliques des classes que certains à Mauriland cherchent à lui imposer. La voiture lui permet justement une meilleure visibilité. Le choix s’est porté sur une BMW de couleur noire semblable à celle des cortèges des gens au pouvoir. Tibye entend bien faire comprendre qu’il est proche des sérails. D’ailleurs il répète à qui veut l’entendre que « gouvernman dan so lame ». Pour se faire, il lui a suffit de coller quelques affiches, faire campagne pour le député du coin et baigner quelques semaines dans le travail social. Même si à la fin du mois, il tire le diable par la queue dans le secret des découverts bancaires et des crédits à répétition, Tibye a du pouvoir à cause de cette proximité réelle ou supposée avec le pouvoir central. Cette stratégie qui procède de l’intimidation, permet à Tibye d’avoir plusieurs privilèges. Il n’a aucun souci pour trouver un parking, ne fait pas la queue et ne met jamais sa ceinture de sécurité. Tibye s’est forgé une certaine respectabilité qui lui permet une impunité à toute épreuve et quelques droits. Tibye est au-dessus des lois et il paie pour ça. Pour le mariage de son fils, il a mis une grande tente au milieu de la rue, obligeant les véhicules à faire un long détour. La rue est devenue trois jours durant un espace piétonne au grand bonheur des voisins et des convives qui se sont goinfrés de Briani et de douceurs. Ceux-là même lui ont assuré tout leur soutien, en cas où Tibye se présente pour les prochaines élections. Tibye a compris qu’il a l’étoffe du défenseur de la veuve et de l’orphelin pour la galerie, et de ses propres intérêts et ceux des siens pour ne rien vous cacher.
Tibye


