États-Unis: le «Washington Post» de Jeff Bezos licencie un grand nombre de ses journalistes

Aux États-Unis, le Washington Post, quotidien emblématique aux 76 prix Pulitzer et propriété du multimilliardaire Jeff Bezos depuis 2013, a commencé, mercredi 4 février, à licencier des centaines de journalistes.

Le Washington Post, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a commencé, mercredi 4 février, à licencier des centaines de journalistes. « C’est l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal, a regretté sur Facebook Martin Baron, ex-rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain. Il dénonce sans fard les « efforts écoeurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ».

Le plan de licenciement mené au sein du Washington Post est drastique. Le service des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l’infographie. Mais aussi une grande partie des correspondants à l’étranger, dont tous ceux couvrant le Moyen-Orient.

Une restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque »

Le nombre de suppressions de postes n’a pas été communiqué. Mais selon le New York Times, plus de 300 journalistes sur 800 sont concernés. Cette restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque » « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit « sécuriser » son avenir, a expliqué le directeur exécutif du journal Matt Murray, qui reconnaît un travail « difficile, mais essentiel ».

Un quotidien qui, d’après le Wall Street Journal, a perdu 100 millions de dollars en 2024, mais aussi de nombreux abonnés. La faute au rapprochement entre Jeff Bezos et le président Donald Trump. Pour rappel, en janvier 2025, le propriétaire du journal était apparu au premier rang lors de l’investiture du républicain.

« Tout le monde est en deuil »

« Tout le monde est en deuil », témoigne Sally Quinn, contributrice du Washington Post, interrogée par CNN. « Depuis un an, ce n’est qu’une suite d’enterrements : des gens licenciés, des gens qui démissionnent… Ce qui se produit pour le Washington Post est tout simplement tragique. Tout le monde est dans le même état. Ce n’est pas que moi, ce sont pas que les gens du Post, c’est tout le journalisme. »

Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence. Emmanuel Felton, reporter chargé de couvrir les questions raciales, a annoncé son licenciement sur X. « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique », a-t-il accusé.

Contraste saisissant, le New York Times, grand rival du Washington Post, a annoncé mercredi 4 février avoir recruté en 2025 plus d’un million d’abonnés numériques, pour près de 13 millions au total, confirmant sa position dominante sur le marché américain de la presse écrite.

Jeff Bezos, dont la fortune est aujourd’hui estimée à 245 milliards de dollars par Forbes, avait racheté le Washington Post en 2013.

Source : rfi.fr

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