Hausse des carburants aux Comores : le gouvernement recule, deux personnes tuées par balle

Liesse populaire samedi soir à Moroni après l’annonce de l’annulation de la hausse du prix des carburants.

La mort de deux personnes samedi après une nuit de heurts entre les forces de l’ordre et des manifestants opposés à la hausse du prix des carburants a conduit les autorités à reculer et à annuler la mesure décidée il y a une dizaine de jours.

Deux personnes tuées «par balle»

Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahamada a annoncé la mort d’un deuxième manifestant « par balle» après celui rapporté samedi à la mi-journée par le parquet de Mutsamudu, la grande ville d’Anjouan. «Une enquête déterminera les circonstances de ce décès», a ajouté le ministre.

Le premier manifestant décédé est un jeune tué lui aussi par balle dans un quartier de Mutsamudu, lors d’une intervention des forces de l’ordre pour dégager une route bloquée, d’après un magistrat sous couvert d’anonymat.

Une grève lancée par le principal syndicat de transporteurs routiers, rejoint par celui des commerçants et un autre de pêcheurs, paralysait le pays depuis six jours. Leur courroux : le gouvernement avait officialisé la hausse du prix des carburants.

La capitale à l’arrêt

Dans Moroni, capitale de quelque 100 000 habitants, il n’y avait plus aucune trace de taxi cette semaine. Les routes, d’habitude embouteillées, étaient presque désertes. Les commerces avaient baissé rideaux et des écoles fermé.

Le litre de gazole avait augmenté de 46 %, passant de 650 francs (1,32 euro) à 950 francs (1,93 euro). Le super se vendait, lui, à 1 000 francs (environ deux euros) alors qu’il était proposé auparavant à 750 francs, selon un décret publié le 9 mai.

« Au nom du chef de l’Etat Azali Assoumani, j’annonce la suspension temporaire de la hausse des prix des produits pétroliers», a indiqué le ministre de l’Energie officiellement samedi. « Le chef de l’Etat qui tient à tout prix à préserver la paix a entendu votre colère», a-t-il ajouté. Tout le gouvernement était présent lors de l’annonce faite devant un panel de médias, ainsi que les principales organisations ayant appelé à la grève.

Le 6 mai dernier, c’est seul qu’Azali Assoumani avait présenté, d’un ton solennel, cette hausse comme « un ajustement nécessaire, mesuré et responsable».

Au cours d’une intervention retransmise à la télévision, l’ancien militaire revenu au pouvoir en 2016 avait tenté, durant de longues minutes, de justifier la mesure, citant la crise au Moyen-Orient, le blocage du détroit d’Ormuz…

En réponse au rétropédalage du président, le président du principal syndicat de commerçants (Synaco), Abdou Boina, a demandé à « ouvrir les boutiques».

Relative accalmie

Deux manifestants ont été tués par balle, a confirmé le ministère de l’Intérieur. La première victime, rapportée par le parquet de Mutsamudu, est un jeune abattu dans un des quartiers de la capitale d’Anjouan lors d’une intervention des forces de l’ordre pour dégager une route.

Les affrontements sporadiques qui ont opposé plus tôt samedi des jeunes et des forces de l’ordre dans des localités près de Moroni ont fait place à des scènes d’euphorie à la suite de l’annonce des autorités. « On dirait qu’on a remporté la coupe d’Afrique», exulte un jeune homme.

Le silence de la nuit est entrecoupé de coups de klaxons des automobilistes célébrant la nouvelle. Un habitant de Mutsamudu notait «une relative accalmie après une nuit très agitée».

39 personnes placées en détention

Depuis le début de la crise, plusieurs réunions entre les parties n’avaient donné aucun résultat. Elles s’étaient tenues sous l’égide du secrétaire général du gouvernement Nour El Fath Azali, fils aîné du chef de l’Etat, Azali Assoumani. Et l’armée avait été placée en alerte pour parer à la contestation.

Selon la Commission nationale des droits de l’homme, 39 personnes ont été placées en détention vendredi à l’issue des manifestations.

Pour tenter d’atténuer la hausse, le gouvernement avait consenti à un abattement douanier de 40 % sur la valeur des produits de première nécessité. Mais d’un autre côté, il souhaitait que les taxis augmentent leurs tarifs.

Environ 45 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté dans le pays du nord du Canal de Mozambique, soit avec un peu plus de 100 euros mensuels par habitant selon l’Institut national en charge des statistiques.

(Source lequotidien.re)

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