
Le paysage médiatique mondial franchit un nouveau cap. Dans son édition 2026, le «Digital News Report» du Reuters Institute dresse le constat d’un bouleversement profond des modes de consommation de l’information. Pour la première fois depuis le lancement de l’étude, les plateformes tierces – réseaux sociaux et plateformes vidéo – devancent les médias traditionnels comme principale source d’accès à l’actualité.
Au-delà de ce changement de canal, le Rapport met en lumière une tendance plus préoccupante : l’érosion continue de la confiance dans l’information. À l’échelle mondiale, seuls 37% des répondants déclarent faire confiance aux informations qu’ils consultent la plupart du temps, soit le niveau le plus faible enregistré depuis le début de cette mesure en 2015.
Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux constituent pour une large partie des internautes un point d’entrée privilégié vers l’actualité. Facebook, YouTube, Instagram et, plus récemment, TikTok jouent un rôle croissant dans la circulation des contenus d’information, notamment auprès des jeunes générations. Cette tendance s’inscrit pleinement dans les évolutions relevées par le Reuters Institute au niveau mondial.
Selon le Rapport, 30% des personnes interrogées dans les 48 pays étudiés considèrent désormais les réseaux sociaux et les plateformes vidéo comme leur principale source d’information, contre 22% il y a seulement cinq ans. Cette progression ne concerne plus uniquement les jeunes publics : elle touche désormais l’ensemble des catégories d’âge.
Pour les médias, cette évolution représente un défi majeur. Les rédactions ne sont plus seulement en concurrence avec d’autres médias, mais avec l’ensemble de l’écosystème numérique qui capte l’attention des internautes : créateurs de contenu, influenceurs, plateformes vidéo et algorithmes de recommandation.
La confiance, principal défi des médias
L’un des enseignements les plus marquants du Rapport concerne la crise de confiance qui affecte l’information dans de nombreux pays. Les chercheurs du Reuters Institute évoquent un mélange de lassitude, de désengagement et de scepticisme chez une partie du public. De nombreux répondants estiment que les médias ne couvrent pas correctement certains sujets majeurs comme l’inflation, les migrations, les conflits internationaux ou encore les enjeux climatiques.
Le paradoxe souligné par le Reuters Institute est d’ailleurs révélateur : alors que les plateformes numériques deviennent le principal point d’accès à l’information, les utilisateurs expriment simultanément davantage d’inquiétudes concernant la désinformation et les conséquences sociétales de ces mêmes plateformes.
La vidéo redéfinit les usages
Autre tendance lourde : l’essor continu de la vidéo d’information en ligne. Selon le Rapport, 77% des personnes interrogées regardent désormais chaque semaine des contenus d’actualité en vidéo sur Internet. Dans la quasi-totalité des marchés étudiés, la vidéo en ligne dépasse désormais les journaux télévisés traditionnels.
Le Reuters Institute souligne ainsi que plus de la moitié des 18-24 ans n’ont jamais développé l’habitude de lire régulièrement un journal papier.
Les créateurs de contenu gagnent du terrain
Le Rapport met également en évidence l’influence grandissante des créateurs de contenu spécialisés dans l’actualité.
À l’échelle mondiale, 27% des répondants déclarent consulter des créateurs ou influenceurs qui produisent des contenus d’information. Ces derniers sont souvent perçus comme plus accessibles, plus proches du public et plus faciles à comprendre que les médias traditionnels.
Toutefois, le Reuters Institute nuance l’idée d’un remplacement des médias traditionnels. Les créateurs viennent généralement compléter les sources d’information existantes plutôt que de s’y substituer complètement.
L’intelligence artificielle fait son entrée dans les usages
Le Rapport 2026 met aussi en lumière l’émergence progressive de l’intelligence artificielle comme nouvel intermédiaire de l’information. Désormais, 10% des répondants utilisent chaque semaine des Chatbots d’IA pour accéder à l’actualité, contre 7% en 2025. Cette pratique est particulièrement répandue chez les moins de 35 ans.
Une bataille pour la crédibilité
Au-delà des chiffres, le «Digital News Report» met en évidence une réalité centrale : les citoyens continuent d’accorder de l’importance à l’information, mais ils la consomment différemment et se montrent plus exigeants quant à sa crédibilité.


