Au paradis des délices

Il était une fois à Mauriland un vizir nommé Tibye. Pour avoir les faveurs du peuple et s’approcher du roi, il mélangea  le politique et  le social au religieux dans un savant élixir dont il abreuvait ses congénères. Ce qui lui a valu la sympathie des uns, avec  à la clé une place dans les sérails, et l’animosité des autres qui voulaient justement l’en éloigner. Tout allait bien, n’en déplaise à ses détracteurs, jusqu’au jour où il a tenté de boire à la fontaine de  jouvence du paradis des délices. Les thaumaturges et autres mages  lui avaient pourtant interdit de se désaltérer d’une telle eau. Estimant qu’il était l’objet d’une machination ourdie par ses adversaires, Tibye  se déclara seigneur des agneaux et mena comme panurge une partie de ses suiveurs devant les portes du château.  Au roi il teint ce langage : 

«  Sir, je n’ai jamais voulu boire à la fontaine de jouvence même si d’après  les écritures j’y ai droit. Mes responsabilités et mon engagement envers votre majesté ne m’y autorisent pas. J’ai approché la fontaine certes, pour en éloigner d’éventuels prédateurs, jamais l’idée de m’en abreuver  n’a frôlé mes pensées.  Je suis le seigneur des agneaux, mes suiveurs et moi serions toujours soumis à vos directives et aux lois de Maurilands ».

Suite à cette audience, pendant laquelle le roi a réservé son jugement dans l’attente d’en discuter avec ses conseillers, le seigneur des agneaux s’en retourna à ses quartiers. 

Malgré l’usure du temps, Tibye avait bon pied bon œil. Mais son dilemme restait entier : fallait-il se faire un lifting, un brushing et un coloriage pour se faire une jeunesse ou boire absolument les eaux de la fontaine de jouvence pour étancher sa soif et retarder  l’effet irréversible du vieillissement ?    

A ce dilemme nulle réponse si ce n’est la moralité suivante : à trop vouloir s’attacher au futile, Tibye en oublie l’essentiel.

Tibye

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