
Le Pakistan a bombardé Kaboul, la capitale afghane, et a déclaré une « guerre ouverte » aux autorités talibanes, qui avaient mené, la veille, une offensive à la frontière.
Le ministre de l’intérieur pakistanais, Mohsin Naqvi, a parlé d’une « réponse appropriée » à cette offensive. « Notre patience a atteint ses limites. C’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous », a renchéri son homologue de la défense, Khawaja Asif, sur X.
« Nos troupes ont toute la capacité nécessaire pour écraser toute ambition agressive », a, quant à lui, averti le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, sur X.
Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) à Kaboul ont entendu de violentes explosions ainsi que des avions de chasse, tôt vendredi. A Kandahar, ville du Sud où réside le chef des talibans, Hibatullah Akhundzada, un autre journaliste de l’AFP a également dit avoir entendu des avions. Des tirs d’artillerie et d’armes légères ont, par ailleurs, retenti vers 9 h 30 (6 heures à Paris) près du poste-frontière stratégique de Torkham.
Les relations entre le Pakistan, puissance nucléaire, et l’Afghanistan dirigé par les talibans depuis 2021 se sont fortement dégradées ces derniers mois. Les points de passage terrestres sont pour la plupart fermés depuis des combats qui ont fait plus de 70 morts de part et d’autre en octobre.
« Attaques massives »
Jeudi, l’armée afghane a annoncé des « attaques massives » à la frontière, en riposte à des bombardements pakistanais, le week-end précédent. Islamabad avait alors dit avoir visé des camps « terroristes » et fait plus de 80 morts, selon une source proche des services de sécurité.
En retour, le porte-parole des autorités talibanes, Zabihullah Mujahid, a affirmé que les forces afghanes avaient pris jeudi 15 avant-postes pakistanais et tué des « dizaines » de soldats.
Le gouvernement taliban a confirmé vendredi les bombardements pakistanais qui, selon M. Mujahid, n’ont pas fait de victimes. Le ministre de l’information pakistanais, Attaullah Tarar, a précisé qu’elles avaient visé « des cibles de la défense talibane afghane » à Kaboul, Kandahar et dans la province frontalière de Paktia, dans l’Est.
Les autorités afghanes ont, en retour, annoncé vendredi de nouvelles frappes à « grande échelle contre des positions de soldats pakistanais ».
A Kaboul, le ministère de la défense a fait état de huit tués dans les rangs de l’armée afghane, lors de l’offensive terrestre de jeudi, lancée depuis les provinces de Nangarhar et de Kunar.
Un porte-parole du premier ministre pakistanais a, lui, parlé de « lourdes pertes » infligées aux Afghans. Le ministère de l’information pakistanais a accusé l’Afghanistan d’avoir « ouvert le feu unilatéralement sur plusieurs positions », jeudi, le long de la frontière avec la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa.
Brève trêve
L’offensive des forces afghanes fait suite aux frappes aériennes pakistanaises du week-end du 21 février dans les provinces de Nangarhar et de Paktika, présentées par Islamabad comme une riposte à des attentats-suicides commis au Pakistan.
Selon la mission des Nations unies en Afghanistan, ces bombardements d’une ampleur sans précédent depuis octobre, ont causé la mort de 13 civils au moins. Le gouvernement taliban fait, lui, état de 18 morts.
Longtemps proches, le Pakistan et l’Afghanistan s’affrontent sporadiquement depuis que les talibans ont pris le contrôle de Kaboul, en août 2021. Islamabad les accuse d’abriter des mouvements actifs sur le territoire pakistanais, ce qu’ils nient. Depuis octobre, les points de passage terrestres entre les deux pays ne sont ouverts qu’aux Afghans désireux de rentrer dans leur pays.
Une brève trêve entérinée le 19 octobre, après une médiation du Qatar et de la Turquie, avait été jugée caduque, neuf jours plus tard, par le Pakistan qui avait accusé l’Afghanistan d’orchestrer des attentats menés par les talibans pakistanais (TTP).
Plusieurs cycles de négociations ont eu lieu, mais ils n’ont pas permis de désamorcer le conflit. Une intervention de l’Arabie saoudite a, toutefois, facilité la libération de trois soldats pakistanais capturés en octobre.


