Pourpre ou écarlate ?

Tibye a fait naufrage sur cette terre bénite. Il a embarqué sur un bateau comme les autres pour une destination inconnue mais prometteuse d’après les dires de la Compagnie.  A l’abordage, Dodo et eau de coco à satiété avant de découvrir l’île qui dorénavant sera son lieu de résidence définitif. Le travail qui leur a été assigné, ses congénères et lui, était rude. Il fallait dompter la terre et en sortir du sucre, du rhum et de l’éthanol. Autour d’un feu le soir, ils faisaient raisonner la peau cabri pour se distraire en mâchouillant des gajacks. Puis arriva le jour de faire un choix. Toute chose dans la vie d’un homme a un prix, même celle dont il ne pense jamais se séparer, réconforté dans cela par l’espoir de vivre libre et heureux. Au sortir de cette phase Tibye, pour se forger une conscience politique, s’est emmêlé les pinceaux entre le rouge, le mauve et l’orange. Gavé par les slogans, d’espoir en désillusions, il décida de faire comme les autres. Choisir et attendre…  

Comme Mauriland n’est pas doté de richesses naturelles, il fallait exploiter le soleil, la mer et les ressources humaines. Le niveau de vie de Tibye s’est nettement amélioré depuis. Ses enfants vont à l’école, sa femme ramène des produits de Chine et lui, il s’est dégoté à travers des connexions un gentil boulot au ministère. Le soir après le boulot, il livre du Dholl puri et les dimanches il bricole.  

Convaincu d’une chose et de son contraire, Tibye est un être complexe. Hanté par la peur de tout perdre, il s’énerve facilement et est prompt à en découdre pour un oui ou pour un non. Pour arriver, il utilise tous les moyens et se désintéresse rarement de ce qui rapporte. Bref, Dieu a crée Tibye à l’image de l’homme, quand il a crée Mauriland à l’image du paradis.

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