
Si mourir en vol n’est pas un scénario courant, les compagnies aériennes ont pourtant des protocoles bien rodés pour gérer ces situations délicates. Détourner l’avion, déplacer le corps, prévenir les passagers ? Décryptage.
Aussi rare qu’inattendu, un décès à 10.000 mètres d’altitude plonge l’équipage et les passagers dans une situation délicate. Les hôtesses et stewards, formés aux premiers secours, sollicitent l’aide de tout professionnel de santé présent à bord et contactent, si possible, les services médicaux au sol. Mais si l’issue est fatale, que faire du corps ?
Le commandant de bord doit alors trancher : atterrir en urgence ou poursuivre le trajet jusqu’à destination. Cette décision dépend de nombreux facteurs : proximité d’un aéroport, impact sur les passagers, contraintes techniques et administratives. L’épisode survenu sur un vol Qatar Airways en janvier 2025 illustre les limites de ces protocoles. Un couple d’Australiens a été contraint de passer plusieurs heures de leur vol entre Melbourne et Doha assis à côté du cadavre d’une passagère, faute de solution alternative.
Que prévoit la procédure ?
Aucune législation internationale ne fixe de règle stricte sur la gestion des décès en vol, mais les compagnies appliquent généralement des protocoles internes. Si un passager ne peut être réanimé, l’équipage doit noter l’heure du décès, qui ne sera officiellement prononcée que par un médecin à l’atterrissage. La trousse d’urgence de l’appareil contient un linceul destiné à envelopper le corps sur les longs courriers.
L’équipage fait alors au mieux pour installer le défunt de façon respectueuse et, si possible, à l’écart des autres passagers. Sur un vol complet, la seule option reste souvent de le laisser à son siège, attaché et recouvert d’une couverture. Dans de rares cas, le corps peut être placé sur une rangée de sièges inoccupés ou dans le galley arrière. Mais la configuration des avions modernes, avec moins d’espaces libres, complique cette prise en charge.
Un «coffre à cadavres» sur certains vols
En 2004, Singapour Airlines avait anticipé ce problème avec sa flotte d’Airbus A340-500, effectuant la liaison ultra-longue Singapour-Los Angeles (17 heures sans escale). Un compartiment spécifique avait été aménagé à l’arrière de l’appareil pour accueillir un corps en cas de décès à bord. Sobrement surnommé «le coffre à cadavres», cet espace discret permettait une gestion plus décente de ces événements. Mais ce type d’aménagement reste une exception dans l’aviation commerciale.
Et quand c’est le pilote qui s’effondre ?
La situation devient encore plus critique lorsqu’un membre du cockpit est touché. En octobre dernier, un commandant de bord de Turkish Airlines a succombé à un malaise en plein vol, provoquant l’atterrissage d’urgence de son appareil à New York. L’avion, parti de Seattle, sur la côte ouest des États-Unis, avait pour destination Istanbul. Une règle prévaut dans les standards mondiaux actuels : il faut impérativement deux pilotes à bord. Ce chiffre passe même à trois pour les vols long-courriers. De sorte que dès qu’un pilote se retrouve en «incapacité» de voler (ce qui peut aller d’une simple intoxication alimentaire à un décès), son copilote peut reprendre seul le contrôle de l’avion. Ce cas rappelle que les équipages doivent être formés à réagir rapidement, y compris à la perte soudaine d’un des leurs.
Si ces drames restent rares, l’aviation moderne n’offre pas toujours des solutions optimales pour gérer un décès en vol. Une certitude cependant : en cas d’urgence médicale, le mieux reste encore d’avoir un voisin de siège médecin… et en pleine forme.
Source : lefigaro


