Réseaux sociaux et IA : comment les algorithmes impactent nos pensées et notre psychisme

À force de scroller sans fin, de zapper d’une vidéo à l’autre et de consommer des contenus générés à la chaîne, notre cerveau s’épuise. Sur les réseaux  sociaux, un mot revient de plus en plus souvent : le «brain rot» (pourrissement de l’esprit). Derrière cette expression, élue mot de l’année 2024 par Oxford University Press, se cache une inquiétude bien réelle : l’impact de la surconsommation numérique,  et désormais de l’intelligence artificielle, sur notre santé mentale et notre esprit critique. Utilisés de  manière consciente et active, ils peuvent au contraire soutenir l’apprentissage, l’accès au savoir et même la réflexion. L’enjeu principal réside dans la manière de les utiliser : soit comme des outils qui  accompagnent la pensée, soit comme des substituts à la pensée».

La surconsommation numérique est aujourd’hui associée à de nombreux effets sur la santé mentale. L’exposition constante aux écrans, aux notifications et aux flux d’informations maintient le cerveau dans un état d’alerte quasi permanent. Cette surstimulation favorise la fatigue cognitive, les troubles d’attention et une augmentation du stress, voire de l’anxiété. L’usage intensif des réseaux sociaux est corrélé à des symptômes dépressifs, à un sentiment d’isolement et à des perturbations du sommeil, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, qui sont particulièrement vulnérables à la comparaison sociale et à la recherche de validation en ligne.

Sur le plan psychologique, les plateformes numériques encouragent souvent des comportements de dépendance. Les mécanismes de récompense rapide, comme les «likes», le scroll infini ou les recommandations personnalisées, renforcent des habitudes compulsives. À long terme, cela peut réduire la capacité à se concentrer sur des tâches longues et profondes, et favoriser un rapport plus passif au monde. Le numérique n’est donc pas neutre : son usage intensif, surtout lorsqu’il est automatique et non réfléchi, peut fragiliser l’équilibre émotionnel et le sentiment de contrôle de soi.

Le recours croissant à l’intelligence artificielle soulève également des enjeux pour l’esprit critique. Lorsqu’on délègue à l’IA des tâches comme résumer, argumenter ou décider, on risque de réduire l’effort cognitif personnel. Or la pensée critique repose sur l’analyse, le doute et la confrontation des idées. L’utilisation systématique d’outils d’IA pour produire des textes ou résoudre des problèmes peut diminuer l’engagement intellectuel et la capacité à formuler des idées originales. Le danger n’est pas l’IA en elle-même, mais le fait de lui confier le raisonnement à notre place. L’IA générative risque de provoquer une «atrophie cognitive» en réduisant l’effort réflexif. Ses usagers externalisent leur raisonnement, affaiblissant mémorisation et analyse.

En somme, la surconsommation d’écrans et de contenus numériques favorise l’anxiété, le stress, la dépression et l’isolement social. Les notifications incessantes perturbent le sommeil et la concentration, tandis que les réseaux sociaux amplifient les troubles de l’humeur via la comparaison sociale et l’addiction. La dépendance au numérique crée un effet similaire aux addictions classiques, avec une hyperstimulation et une attention réactive au détriment de la réflexion introspective. L’IA aggrave cela en fournissant des réponses immédiates, décourageant la résolution autonome de problèmes.

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